Quelques minutes avant la colère des femmes
𝐐𝐮𝐞𝐥𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐦𝐢𝐧𝐮𝐭𝐞𝐬 𝐚𝐯𝐚𝐧𝐭 𝐥𝐚 𝐜𝐨𝐥𝐞̀𝐫𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐟𝐞𝐦𝐦𝐞𝐬
Ma fille est partie au lycée ce matin.
Je sais qu’elle est raisonnable, respectueuse.
Son père et moi lui avons appris le respect des institutions et de l’autorité.
Une autorité légitime, celle qui est censée protéger et élever.
Je pars marcher avec mon amie, et c’est sur le chemin du retour que nous apprenons les heurts au lycée par la nièce de mon amie.
Je tente d’appeler M., téléphone éteint.
La nièce, qui a pu s’échapper, nous précise les faits : les enfants (LES ENFANTS) allaient au lycée, quand les flics (oui, là, y’a pas de respect de ma part) les ont chargés, puis rassemblés.
Et une fois qu’il était parqués, réunis, apeurés, dans un coin, il les ont gazés.
ILS ONT GAZES DES HUMAINS.
Rien que cette phrase évoque des heures sombres, non ?
Nous sommes sur la route avec Lydia, à la recherche de sa nièce.
Toujours pas de nouvelles de M..
J’appelle son amie, qui me répond.
Cette amie a pu partir, elle me dit que M. est dans le lycée.
Je suis rassurée, mais pas tant que ça, surtout que je viens d’apprendre que les flics avaient balancé des gaz lacrymogènes à travers le portail du lycée.
Et après les évènements de la semaine dernière dans ce même lycée, M. m’avait déjà fait part des crises de panique et d’épilepsie de certains de ses camarades.
On appelle la vie scolaire, qui nous confirme que M. est bien en cours.
Impossible d’approcher du lycée, des CRS de partout.
D’ailleurs, ils nous regardent comme de dangereuses terroristes, nous, mères de famille en voiture familiale, et en tenue de sport.
On finit par trouver sa nièce, après avoir croisé plusieurs groupes de lycéens désoeuvrés, au téléphone, le regard craintif.
Impossible d’avoir M. au téléphone.
On rentre.
Un café.
Une tentative d’apaisement entre femmes.
Quelques appels au papa de M. pour savoir s’il en savait davantage.
Nope.
Puis le prénom de M. s’affiche sur mon smartphone.
Elle m’explique la même chose que Lola.
Elle, elle a pu entrer dans l’enceinte du lycée et a vu les flics, les policiers, les « gardiens de la paix », jeter des gaz sur des enfants.
J’ai manifesté aussi au lycée en mon temps.
Mais sous les regards bienveillants des policiers.
Ces regards qui disaient : « allez-y, exprimez-vous, vous avez le droit, mais soyez prudents et cassez pas ».
C’était ce regard là sur les officiers de police que j’avais transmis à mes filles.
Mais non, aujourd’hui je change mon regard à moi.
J’essayais de me dire que ces vidéos de flics déguisés en casseurs, ceux qui tentaient de noyer des gosses, ou de parler comme des « frérots » sur les groupes de gosses pour extirper des informations étaient des cas isolés.
J’ai même ri devant cette photo de cocktails molotov soit disants trouvés chez des casseurs, qui a été débunkée, et qui représentait en fait du calvados à la vanille (qui fait ça sérieux ? Laissez le calva tranquille) et des chaussettes de l’armée. Photo postée par la police nationale.
Mais là je ne ris plus.
Parce que c’est ma fille qui a vécu cette agression.
Ma chair.
Moi.
Macron, je les ai déjà expérimentés, lui et ses méthodes, personnellement, dans une autre vie.
Je sais le sombre qu’il est.
Un roi narcissique en fin de règne qui refuse de lâcher les rênes.
Ah oui, c’est un bon stratège, en financier qu’il est.
Ses calculs sont bons Kevin, il va bientôt pouvoir déclarer l’état d’urgence, prendre les pleins pouvoirs.
La police est devenue gardienne du chaos.
A l’image de son ministre de l’intérieur et de son président de la République.
Le ruissellement il est là.
ça fonctionne bien en fait.
Le patriarcat/capitalisme est juste un gros pervers narcissique, avec toutes ses phases typiques : love-bombing (« on vous protègera, on va faire de vous des princes et princesses ! « ), gaz lighting (« mais non, vous ne vous êtes pas faite violer madame, c’était juste pour rire, vous portiez une jupe aussi, vous le cherchiez ! »), hoovering (« on va lancer un numéro vert/concertation/convention/référendum pour vous écouter… » ), l’isolement ( « c’est la faute des noirs qui vous piquent votre travail »), le rabaissement (« sans nous vous n’êtes rien),…
Et vous savez ce qui désarme les PN ? La vérité et l’indifférence.
La vérité, ça commence par croire nos enfants.
Et croire ceux qui souffrent.
Ceux qui subissent.
Ne plus croire ce qui est chapeauté par là-haut.
Les médias.
Les dirigeants.
Nous croire nous, notre intuition.
Croire la base.
Pour l’indifférence, c’était déjà en route avec la lassitude liée au coût de la vie.
Le PN se nourrit de nos réactions, quelles qu’elles soient.
Alors plus on va manifester, plus ça nourrit la bête.
On va bien me dire « mais Aurélie, on va pas rien dire ? »
Non, et la colère est légitime.
Son expression également, une colère enfouie sort toujours.
Et là, je suis en colère.
Et je comprends tout à fait ceux qui cassent, qui caillassent, qui brûlent.
Parce qu’on touche à quelque chose de profond en eux : leur être.
ça n’a pas encore eu lieu pour moi.
Touchez mes filles et je pense que j’aurai la réponse.
Préparez la cellule immédiatement, j’y entrerai la tête haute.
Macron et ses potes nous implorent de faire des enfants pour la patrie.
« Réarmement démographique » qu’il disait.
Le message était clair.
Il ne voulait pas d’êtres humains, il voulait des armes.
𝑺𝒐𝒓𝒓𝒚, 𝒄𝒍𝒂𝒊𝒓𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕, 𝒏𝒐𝒖𝒔 𝒍𝒆𝒔 𝒇𝒆𝒎𝒎𝒆𝒔 𝒂𝒗𝒐𝒏𝒔 𝒄𝒐𝒎𝒑𝒓𝒊𝒔 𝒅𝒂𝒏𝒔 𝒏𝒐𝒕𝒓𝒆 𝒄𝒉𝒂𝒊𝒓 𝒃𝒊𝒆𝒏 𝒂𝒗𝒂𝒏𝒕 𝒗𝒐𝒖𝒔.
𝑵𝒐𝒔 𝒄𝒐𝒓𝒑𝒔 𝒏𝒆 𝒔𝒆𝒓𝒐𝒏𝒕 𝒑𝒍𝒖𝒔 𝒍𝒆𝒔 𝒊𝒏𝒔𝒕𝒓𝒖𝒎𝒆𝒏𝒕𝒔 𝒅𝒆 𝒗𝒐𝒕𝒓𝒆 𝒉𝒂𝒊𝒏𝒆.
𝑵𝒐𝒖𝒔 𝒑𝒓𝒆́𝒇𝒆́𝒓𝒐𝒏𝒔 𝒗𝒐𝒊𝒓 𝒆́𝒕𝒆𝒊𝒏𝒅𝒓𝒆 𝒄𝒆 𝒎𝒐𝒏𝒅𝒆 𝒗𝒊𝒐𝒍𝒆𝒏𝒕 𝒆𝒕 𝒑𝒂𝒕𝒓𝒊𝒂𝒓𝒄𝒂𝒍 𝒒𝒖𝒆 𝒅’𝒆𝒏𝒇𝒂𝒏𝒕𝒆𝒓 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒗𝒐𝒕𝒓𝒆 𝒈𝒍𝒐𝒊𝒓𝒆 𝒆𝒕 𝒏𝒐𝒕𝒓𝒆 𝒑𝒆𝒓𝒕𝒆.
PS: la photo a été prise quelques minutes avant la peur et la colère.
Et c'est ce que je préfère montrer.
La quiétude féminine.

Commentaires
Enregistrer un commentaire