La recette du pain d'épices magique
Ça fait des lustres que je suis chargée du pain d’épices pour Noël.
Cette année n’a pas fait exception.
Pourtant le Noël 2025 restera à jamais exceptionnel.
Parce que c’était le dernier Noël avec toute la famille réunie
dans la maison où j’ai grandi.
Je le sais depuis quelques semaines.
Je savais que l’émotion me gagnerait à un moment, mais les
décisions matérielles me permettaient de rester dans la réalité, de gérer le
concret et d’accompagner ma maman dans ses démarches, aidée de mon frère.
Hier, je me mets donc en cuisine, tout heureuse de gérer mon
pain d’épices tout en préparant le repas du réveillon que j’ai choisi de passer
avec maman.
C’est moi qui apporte le dîner, pour la première fois.
J’avais envie de lui offrir ce moment, pour elle qui est si présente pour moi et
pour bien d’autres.
La journée se déroule donc dans la joie et la bonne humeur :
les filles peaufinent leur programme et leurs cadeaux en musique, le chat tente
de me voler les crevettes et le chien attend ses balades entre 2 sessions de
cuisson.
La distribution Père Noëlesque débute alors dès la sortie du four du pain d’épices
avec un 1er arrêt de mon traineau Toyota pour sortir
les premiers présents de ma hotte auprès des premières personnes chères à mon cœur.
Puis départ pour la ville de ma jeunesse, où le réveillon se passe dans une douceur merveilleuse, dans cette maison prête à
recevoir la tribu dès le lendemain, et où la distribution de cadeaux se poursuit
entre une mère et sa fille heureuses d’être ensemble.
Ce matin, nous prenons la route tous les 4, mes filles,
Pumpy et moi, et dès notre arrivée, on se met en action pour le repas.
Toute la famille arrive au compte-goutte, chacun met la main à la pâte.
On passe à table, et nouveauté : pour éviter le traditionnel
placement de table générationnel, les enfants d’un côté, les adultes de l’autre,
maman nous a préparé un tirage aux sorts des places.
Je kiffe l’idée, mais j’en vois d’autres plus sceptiques.
Au final, on joue tous le jeu, et c’est savamment mélangés
que nous entamons le repas.
Le pain d’épices arrive sur la table en début de festivité.
Maman vient alors me voir et me dit : « Purée il est délicieux le
pain d’épices ! »
Je le goutte, et effectivement, il a un goût différent.
Je trouve même qu’il pique un peu, mais juste ce qu’il faut.
Et alors sous mes yeux commence à se révéler l’alchimie
culinaro-familiale entre ces 18 personnes.
Je vois chaque ingrédient se manifester au cours de cette journée.
La farine, le blé, la terre, le réel : c’étaient la
symphonie des ouvertures d’huîtres par les hommes, de placement des
crudités dans ce plat qui ne tenait pas sur la table, des discussions avec mon
frère sur le prix de la maison, les échanges sur la déconnexion de la Haute Autorité
de Santé avec ma belle-sœur…
Les épices, le piquant, l’ailleurs : c’étaient ce moment où l’émotion m’a
gagnée et m’a obligée à me retirer quelques instants, les rares jugements émis
mais vite balayés par des sourires, les conscientisations fugaces que ces
moments ne se reproduiront plus jamais, les interventions sonores de jouets d’enfants
( ben ouais, un Noël sans pouët-pouët n’est pas un Noël)…
Le miel, le sucré, la douceur : c’étaient ces câlins de mes filles quand elles
ont vu couler mes larmes à la dernière ouverture des cadeaux, ces regards
tendres entre cousines, ces instants de lectures d’histoires par une ado pour
ses petits cousins, cette visite de certains des membres à ma grand-mère à l’EHPAD, ces sourires quand Mélia explorait les vieilles photos de mon mariage et cherchait qui était qui…
Le beurre, le gras, le nourrissant : c’étaient ces échanges entre générations
sur leurs points de vues différents sur les parcours universitaires, cette demi-heure
de blind test collectif où j’ai découvert que j’étais méga calée en disciplines
sportives mais pas du tout en type de morts de personnalités célèbres (oui,
oui, y’a des blinds tests de ça aussi), ces instants diffus où chacun a ri de
ses travers sans se vexer et montrant nos évolutions respectives…
Le lait, le liquide, le liant : c’étaient ces stratégies des cousines pour
communiquer malgré leurs places éloignées à table, le buffet inaccessible en
raison du manque de place qui s’est transformé en « ok, c’est Beyrouth, on
va tous faire un truc sans aucun chef d’orchestre mais on vérifie que chacun ai
accès à tout », ce moment des cadeaux où mon neveu lisait les prénoms pour
aider son père à distribuer les cadeaux sous le regard de toute la famille…
A aucun moment il n'a été question de la vente de la maison.
Nous étions tous dans l'instant présent.
C'était le 25 décembre 2025.
C’était un Noël pareil mais différent.
Un pain d’épices traditionnel mais avec une nouvelle recette.
Dont un ingrédient nouveau, que je n’avais pas réalisé.
Celui que j’ai déposé hier en cuisinant, dans la joie de l’instant.
Mais qui n’était pas écrit sur Marmiton.
Un truc en + que je n’avais pas encore vu.
Jusqu’à ce que je zyeute les photos de la journée.
Une photo que j’ai prise quand je coupais le pain d’épices.
Parce que j’y avais découvert mon cadeau de Noël.
Un beau cœur au creux de mes mains.
Aujourd’hui, mon pain d’épices avait un ingrédient magique :
l’Amour 💗

Ma Chère Aurélie, une fois encore, te lire me touche énormément… parce que je partage ces sentiments, ces souvenirs de famille avec Papa… et cette ultime étape du souvenir en te séparant de la maison où son odeur, sa voix, son âme ne cessent de te faire vibrer et réveiller ton âme d’enfant… cette séparation sera certainement délicate mais cela ne changera en rien ce lien avec ton étoile…
RépondreSupprimerBelles fêtes de fin d’année et Joyeux Noël
Bise
Je suis extrêmement touchée par ton commentaire... Nous avons en outre de nos prénoms ce point commun d'être orphelines de papas, et cette conscience de l'importance du moment présent qui permet de chérir les doux souvenirs... Merci mille fois Aurélie, belles fêtes de fin d'année à toi et à toute ta jolie famille !
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