Nouvelle flamme, nouveau foyer
Ça n’a failli jamais se faire entre elle et moi.
Automne 2021, je prends la décision de quitter l’homme avec lequel je vis. J’ai besoin d’être seule, de me découvrir, de vivre pour moi. De
construire une autre vie, avec mes filles et mon chien.
Je vais laisser derrière moi une grande maison passive toute neuve, un grand
terrain et une sécurité matérielle.
Et je me mets en quête de mon nouveau cocon.
Sur ma wish-list pour mon futur logement : 3 chambres, à Crémieu, tout
accessible à pied, moins de 800€.
Rien sur la présence d’un extérieur ou pas, la localisation précise, le type de
logement, ou l’année de construction.
Nous sommes en post-covid, beaucoup de couples se dédoublent, ma recherche est
la même que beaucoup d’autres.
La réactivité est de mise.
Je visite un appartement. Espace trop petit.
Puis un autre. Propriétaire trop raciste.
Puis je vois cette annonce, avec cette petite maison nichée
dans les remparts dont je vois immédiatement la localisation : je passe
devant tous les jours pour aller voir mon cheval.
Elle a l’air marrante, tout en hauteur.
Je vais la visiter.
Coup de cœur.
Les pièces sont encombrées d’une décoration aléatoire, il y a 4 niveaux différents
mais immédiatement, je vois mes futurs meubles prendre leur place, mes cuisses
se muscler, et ma nouvelle vie se mettre en place.
A ce moment-là de ma vie, je suis à mon compte, avec des revenus qui se
remettent doucement de la pause pandémique mais qui, couplés à la présence de
ma super garante, peuvent passer.
Je dépose mon dossier, fébrile.
Réponse 2 jours plus tard : Nope.
La maison sera pour un couple de jeunes retraités qui veulent y accueillir
leurs petits enfants.
Je suis deg.
Mais je me dis que si ce n’est pas celle-ci ce sera une autre.
Je mets en pause mes recherches pour ce début d’année 2022, et me recentre sur
moi. Je débute mes leçons de moto, je continue à formaliser la vente de ma
maison, je négocie un futur poste salarié et je travaille à transformer mon
lien avec mon nouvel ex en relation apaisée.
Quelques semaines plus tard, une alerte sur le bon coin
arrive dans mes mails.
Je reconnais immédiatement la maison en pierres.
Mon cœur réagit directement.
Go, girl.
J’ai bien compris que c’était mon dossier qui ne passait pas, et que la
concurrence avec des boomers à l’épargne trente-glorieuses était fatale.
Changement de stratégie : il me faut des revenus fixes.
J’appelle celui qui me fait miroiter un CDI à 3000€ mensuels et Tesla de
fonction pour qu’il me fasse une promesse d’embauche par écrit. Je sais très
bien au fond de moi qu’il ne fait que me vendre du rêve et que jamais je ne
travaillerai pour lui, mais c’est ma seule carte à jouer.
Le soir-même, je reçois le sésame.
Le lendemain matin, j’appelle l’agence. J’apprends que Bernard et Claudine (prénoms
empruntés à la génération 50’s) se sont rétractés à cause des escaliers. Leurs
cols du fémur et moi-même les remercions. Je dégaine l’artillerie lourde :
« je suis toujours intéressée, j’ai un salaire fixe qui va tomber, je peux
la prendre de suite, et en + vous n’avez pas besoin de relancer les visites ».
Mon dossier est envoyé dans la foulée.
Et accepté le soir-même.
La maison est libre.
L’Univers et moi-même décidons de la date du 21 mars pour l’emménagement.
Dans 2 semaines.
Le printemps de ma nouvelle vie.
Une relation de plus de 4 ans avec elle.
Dans cette maison, j’ai ri, pleuré, crié, chanté, joué, joui.
J’y suis morte, et je suis née à nouveau.
J'ai créé.
J’y ai trouvé mon étincelle de vie.
J’ai découvert la flamme en moi.
J’ai appris ce qu’était un foyer.
Celui qui faisait grandir quand on l’alimentait de manière stable, constante et
raisonnable.
Celui qui détruisait quand on l'alimentait trop violemment ou pas assez.
Cette maison-foyer m’a permis de clôturer un cycle, de
détruire le superflu et revenir à l’essentiel : mon centre.
Moi, ma famille, mes animaux.
Ce foyer a fait le job, jusqu’à la fin de l’année 2025.
Année 9 en numérologie : fin de cycle on a dit.
Je n’avais jamais envisagé de manière concrète de quitter
cette maison.
M’ouvrir de nouveau sur l’extérieur m’offrait bien des rêves de tiny house, de
van aménagé.
Je voyais bien mes filles grandir et s’émanciper.
Je sentais bien mes animaux attirés vers de plus grands espaces.
Mais rien de réel pour le moment.
Puis 2026 est arrivée.
Année 1.
Nouveau cycle.
Nouvelle moi.
Juste moi.
Et à l’instar d’une relation qui a fini de donner ce qu’elle
avait à donner, un fossé a commencé à apparaître entre elle et moi.
Des fuites d’eau.
Une porte d’entrée qui ne veut plus se fermer.
Puis des paramètres qui ne me dérangeaient pas jusque-là se
sont révélés.
Une absence de luminosité.
Un manque d’extérieur pour se poser.
Le bruit de la route.
Le voisinage.
Et l’environnement s’en est mêlé.
5 canicules.
Une régie qui m’annonce que la porte allait bien être changée, pour une nouvelle
sans fenêtre.
J’avais beau être dans l’acceptation, je commençais bien à
voir que la maison me foutait dehors.
Elle m'avait apporté bien davantage que ce je pouvais imaginer, mais elle avait cessé de m’apporter la paix.
Elle m’ouvrait la porte pour que je m’en aille.
Ce foyer commençait à s’éteindre.
Mais un autre s’éveillait en parallèle.
L’année 2026 m’a reconnectée à moi.
Et comme cadeau, l’univers m’a connectée à lui.
L’homme-cadeau, l’homme-présent.
Une évidence.
Une réalité.
J’ai encore du mal à verbaliser tout ce qu’il représente à
mes yeux.
Pour le moment, j’expérimente, je vis, je chéris ce qui m’est offert.
Les mots viendront quand ce sera le moment.
Toujours est-il que nos 2 flammes se sont trouvées.
Quand la maison a commencé à manifester des signes de « dégage
Aurélie », j’ai d’abord essayé de conserver mon indépendance. Ben ouais,
je luttais encore, même si je voyais bien que l’évidence était déjà là :
celle de ce nouveau foyer qui commençait à être alimenté par mon homme et moi.
J’ai même tenté un job salarié pour avoir un revenu me permettant de louer un
autre lieu pour mes filles et moi, tout en sachant pertinemment que ma grande
quittait la maison et ma petite avait désormais son espace chez son papa.
L’Univers a bien répondu à mon désalignement : le système salarial ne veut
pas de moi.
Tous les freins que j’essayais pourtant d’activer se
levaient les uns derrière les autres.
Une incompatibilité à prévoir entre nos animaux ? L’Univers envoie un chaton
qui a fait le lien entre tous.
Un lieu trop petit ? L’Univers m’avait donné les clés à travers ma petite
expérience salariale pour repenser la garde des mes enfants.
Le fait que mon cheval soit accessible à pied ? L'Univers envoie Young rejoindre Phoenyx un peu plus loin.
Une résistance à être belle-mère ? L’Univers me file des beaux-enfants
merveilleux.
Une peur à vivre H24 avec d’autres personnes ? L’Univers m’envoie passer
plusieurs jours aux Sablettes en mode famille recomposée par 45° dans 35 m2, et
j’y survis.
Alors j’ai lâché.
Avec soulagement.
J’ai posé ma dédite.
Mes enfants et moi avons alors débuté le deuil d’une vie.
Et commencé à en découvrir une nouvelle.
Différente.
Inconnue.
Nous avons commencé à créer un nouveau foyer, extensible et
sans limite matérielle.
Un foyer alimenté de nombreuses flammes de plusieurs personnes, en divers lieux.
Un feu qui communique sa chaleur différemment.
Ce n’est pas tous les jours facile. Cela demande de déconstruire beaucoup de
croyances, de peurs. Mais nous oblige à regarder ce qui est déjà là, ce qui a
été conservé et renforcé.
J’ai rendu les clés de mon cocon.
Cela faisait déjà plusieurs mois que j’avais les nouvelles clés du nouveau.
Je suis sortie de ma chrysalide.
Mes ailes se sont déployées.
Je peux voler, me déplacer entre tous les membres de mon foyer.
Comme en 2022, j’ai choisi la date.
Point de printemps ce coup-ci, mais l’automne.
Il était temps, l’hiver approche.
J’avais emménagé dans mes remparts pour me protéger et me
retrouver moi.
C’est chose faite.
J’ai évacué le superficiel, trouvé l’essentiel.
J’ai passé plusieurs jours, aidée de ma maman et de mes
filles, à vider, nettoyer, repeindre, embellir la maison des remparts.
En comparant avec l’état des lieux d’entrée, j’ai constaté que je la rendais
plus propre que lors de mon arrivée.
Une manière pour moi de la remercier, de l’honorer, et d’y laisser une
empreinte positive.
Puisse-t-elle la transmettre à son tour aux prochains occupants.
Cela fait plusieurs semaines que j'expérimente déjà de vivre dans un lieu où je peux
accueillir mes filles quand elles le souhaitent, où mes animaux découvrent ou
redécouvrent la joie d’avoir un extérieur, où les oiseaux me réveillent, où je prends un café tous les matins avec celui que j’ai choisi.
Dans un foyer que mon homme et moi avons choisi de construire ensemble.
J'ai posé mes valises, plus légères, dans une nouvelle vie.
Un lieu plus loin du cœur de Crémieu, mais toujours plus proche du mien.

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