Comment prendre soin de ses relations avec ses ex peut soigner son porte-monnaie et sa santé mentale


J’ai 2 filles, de 18 et 15 ans.
Leur papa et moi nous sommes séparés quand elles avaient 5 et 2 ans.
Y’a fort fort lointain, quoi.
Malgré mon statut de femme trompée et la douleur du deuil de ma vie de couple idéale, j’ai fait alors le choix de mettre ma rancœur de côté pour favoriser une relation la moins pire possible avec le papa.
Pour nos filles.
C’était pas facile, mais que voulez-vous, à ce moment-là, j’étais encore dans mon rôle de sauveuse protectrice of the world (ça a été aussi le début de ma fibromyalgie, hasard de diiiiiiiinnnnngue)
Nous avons divorcé, et avions comme document de base la convention de divorce qui stipule les conditions financières et la garde.
Malgré les difficultés de communication que nous avons pu avoir et les blessures que cela faisait resurgir, le papa et moi avons toujours gardé nos filles comme priorité.
Elles existaient indépendamment de nous et n’avaient pas à subir les impacts de notre séparation et de nos différends.
Ainsi, je n’ai jamais eu de soucis du côté matériel, quand je peux constater autour de moi des amies en grandes difficultés pour obtenir la pension alimentaire décidée en amont.
Clairement, prendre et travailler sur moi avait déjà pu éviter bien des démarches et autres procédures juridiques. J’en ai pris conscience bien plus tard.

Level 1 : check

Après ma séparation, j’ai rencontré rapidement celui qui allait devenir le beau-papa de mes filles.
Une relation à l’opposée de celle que j’avais vécue précédemment : un homme déconstruit, à l’écoute de mes besoins et de ceux de mes filles, présent autant physiquement qu’émotionnellement.
Il a élevé mes filles comme si c’était les siennes.
Nous avons fait le choix de ne pas avoir d’enfant ensemble car, je le cite : « je ne pense pas avoir un patrimoine génétique exceptionnel à transmettre, tant que je peux transmettre des valeurs ».
Et il l’a fait de manière magistrale.
Le hic, évidemment, est venu de moi.
Ben ouais, se remettre en couple rapidement sans avoir réglé ce qui devait l’être, m’a conduit dans un état à l’extrême opposé de ce que j’avais vécu en tant que femme mariée.
De soumise j’étais devenue extra-indépendante.
De prisonnière, j’étais devenue extra-libre.
Je lui imposais tout ça.

Et ce qui devait arriver arriva : je l’ai trompé.
Je venais de lui faire vivre ce que j’avais subi de mon ex-mari.
Comme le papa de mes filles avant moi, j’ai avoué mon infidélité.
Alors on a essayé de reconstruire différemment. On a entrepris une thérapie conjugale. On a pris du temps pour nous chacun de notre côté, ensemble.
Mais cela ne fonctionnait pas.
Je découvrirai bien plus tard que la mort de mon père quelques mois auparavant m’avait fait basculer dans un processus de nettoyage des traumas qui ne s’arrêtera plus.

Alors j’ai fait ce que mon ex mari n’avait pas su faire.
Lui n’avait pas réussi à me dire « je te quitte ». C’est moi qui avait acté la séparation en lui disant, dépitée « ben tu l’aimes, va avec elle, je vais pas me battre contre l’amour ».
Avec le beau-papa de mes filles, j’ai fait la même chose, je l’ai quitté par amour. Non pas pour mon amant, mais pour moi.
Je quittais non seulement une âme sœur, mais également un confort de vie, une présence, un cadre bienveillant.
Je quittais ma sécurité sans filet.

Mais là encore, peut-être nourrie par la culpabilité mais aussi par respect pour ce qu’il avait créé avec mes enfants et qui existait en dehors de moi, je tenais à soigner la relation avec mon nouvel ex. Pour mes filles, mais aussi pour moi ce coup-ci.
Il est resté présent dans ma vie, et dans celles de ses belles-filles.
Il a emménagé dans un appartement avec une chambre pour elles.
Il vient régulièrement les voir, il assiste aux spectacles de chorale, il pleure encore quand il voit sa présence dans le montage pour les 18 ans de notre grande.
Quand je me suis séparée à nouveau, il a été présent.
Pour soutenir les filles qui elles-mêmes soutenaient une mère au fond du trou du gouffre.
Il était là pour moi indirectement.

A la grande fête des 18 ans de la grande, il y avait le papa, la belle-maman, le beau-papa ( et non ex beau-papa, les filles insistent pour garder ce terme), la chérie de beau-papa et le nouveau chéri de maman.
Et c’était normal pour tout le monde.

Et nous arrivons aujourd’hui au moment où la grande prend son envol.
Enfin, pas trop loin non plus, à la grande ville pour les études.
La grande ville où beau-papa habite.
A aucun moment il n’a été envisagé de chercher un appartement.
Elle a emménagé chez lui.
Il refuse que le papa et moi payions de loyer.
Elle est chez elle.
A la maison, une fois encore.
Il est présent.

Je vois autour de moi des amies galérer à trouver un appartement, angoisser sur comment payer, flipper sur le fait de laisser leur enfant se débrouiller seul…
Je ne vis rien de tout ça.
Ma fille est partie en toute sécurité.

Level 2 : check

J’ai vécu une autre rupture, il y a 18 mois, où le lien n’a pas été soigné.
Dans cette relation, point d’infidélité ni même de volonté d’aller voir ailleurs des deux côtés, bien au contraire.
Il y avait bien des enfants des deux côtés, un vécu familial partagé mais pas de places réelles de beaux-parents.
Aucun positionnement : ni de l’état de couple, ni de la place de chacun.
Au moment de la rupture, j’avais pourtant conscience des liens intrinsèques qui s’étaient activés en dehors du duo.
J’ai donc voulu soigner le lien, comme je l’avais fait dans mes précédentes relations.
Mais non seulement, l’absence de cadre existant à cette relation engendrait un flou sur ce qui devait perdurer ou non, mais j’étais alors la seule à souhaiter soigner la sortie du lien.
Au final, cela a été pour moi à la fois une insécurité émotionnelle et une insécurité matérielle, un projet professionnel ayant été généré par cette relation.
Ma santé mentale en a pris un coup.
Ma sécurité matérielle aussi puisque j’assumais seule une logistique prévue pour 2.
J’en suis ressortie vidée physiquement et émotionnellement.

Mais j’en suis sortie également grandie, sur ce que je souhaite ou non d’une relation de couple.
J’ai pu manifester et obtenir une relation consciente, dans la clarté, la sécurité, la confiance et le respect.

Level 3 : Check

Ce que j’en retire aujourd’hui

Bien sûr que sur le coup, ça pique de devoir avouer ses erreurs, d’affronter sa vulnérabilité, d’assumer d’avoir fait souffrir.
Bien sûr que ça demande de se donner un coup de pied au cul de sortir de son confort pour prendre ses responsabilités, pour montrer qu’on peut à nouveau être digne de confiance.
Bien sûr que ça demande d’apprendre à se foutre du regard et des pensées des autres, ça oblige à dépasser ses croyances et ses ex-principes.

Au moment de la rupture, on sort d’une sécurité matérielle pour entrer dans une incertitude totale.
Mais enfin on s'aligne avec qui on est. 

Et la paix qui s’installe peu à peu quand on s’excuse, quand on corrige, quand on répare… est mille fois plus puissante que la douleur de la séparation.
La douleur est à un instant T.
La paix est durable.

Aujourd’hui, 13 ans, 5 ans  et 18 mois après les ruptures, j’y vois tellement de gains d’avoir su affronter ma vérité et mes peurs.
Et récolter, des années après, les graines d'amour pour moi et mes proches sous la forme de sécurités en tout genre: matérielle, psychologique et affective.



 (oui j'ai mis une photo de chaton avec un appareil photo, vous saurez pourquoi dans un texte à venir...)


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