Quand j'étais vieille...
Quand j’étais vieille, je mangeais parce que maman m’avait
appelée pour passer à table ou parce que c’était mon heure de pause entre deux
sessions de cours.
Depuis que je deviens jeune, je mange quand mon corps me demande de le faire.
Quand j’étais vieille, j’allais au lit parce que mes parents
me disaient de le faire, que j’aie sommeil ou non.
Depuis que deviens jeune, je me couche dès que le sommeil se pointe, jour ou
nuit.
Quand j’étais vieille, j’allais à l’école parce que c’était
comme ça qu’on apprenait les choses, j'ingurgitais des connaissances
que je n’avais pas demandées et dont je n’avais pas ressenti le besoin de
découvrir à ce moment-là.
Depuis que je deviens jeune, j’apprends chaque jour dès qu’une situation vécue
ou une information transmise m’interrogent et me poussent à en chercher la
source, quel que soit le domaine.
Quand j’étais vieille, je m’informais par la télé ou la
radio, ou auprès de personnes qui relayaient potins et jugements sur évènements
et gens extérieurs, en croyant ce qu’on me disait.
Depuis que je deviens jeune, je m’informe auprès de personnes qui ont gagné ma
confiance et qui transmettent leur vérité par leurs authenticité et justesse,
que ce soit à travers les médias, les réseaux sociaux ou au café du coin, sans
qu’il ne soit porté aucun jugement.
Quand j’étais vieille, je me suis mariée parce que cela
faisait plusieurs années que j’étais en couple, que nous avions un logement
commun et que c’était ce qui se faisait alors à cet âge-là, comme les copains.
Depuis que je deviens jeune, je fais le choix d’être en couple après une
période de célibat volontaire, un travail sur moi pour être complète seule, et
après un engagement mutuel en conscience avec cet homme.
Quand j’étais jeune, j’ai fait des enfants parce c’était la
suite logique au mariage, que j’avais arrêté la pilule, trouvé le meilleur
moment pour le faire en lien avec ma vie de professionnelle libérale puis me
suis ligaturée les trompes au moment où je pensais qu’il n’était plus
envisageable sociétalement de faire des enfants.
Depuis que je deviens jeune, je me suis faite déligaturer les trompes, ai
retrouvé une fertilité, et suis à l’écoute de mes cycles chaque lune en connaissance
des enjeux comportementaux et relationnels.
Quand j’étais vieille, je ne fréquentais que des gens qui me
ressemblaient, qui étaient issus du même milieu social que moi et repoussais ceux qui étaient différents.
Depuis que je deviens jeune, je suis poussée à rencontrer des personnes au vécu
étranger au mien, de tous âges et aux expériences de vie non dictées par la
norme, pour trouver en elles une complémentarité plutôt qu’une opposition.
Quand j’étais vieille, je montrais ce qu'on me disait de montrer, je faisais ce qu’on me disait de
faire, je disais ce qu’on attendait de moi que je dise j’allais où on me demandait ou ordonner d’aller, je n'allais pas où on m'interdisait d'aller.
Depuis que je deviens jeune, je montre ce que je veux, je fais ce que je veux, je dis ce que je veux, je vais où je veux, je ne vais pas là où je ne le veux pas.
Quand j’étais vieille, je cherchais sans cesse à entrer dans
le moule et la case qu’on avait créés pour moi.
Depuis que je deviens jeune, je m’affranchis de tout moule et toute case.
Quand j’étais vieille, j’agissais sans réfléchir.
Depuis que je deviens jeune, je me réfléchis à chaque pas.
Quand j’étais vieille, je suivais les choix que d’autres
avaient fait pour moi.
Depuis que je deviens jeune, je choisis pour moi.
Quand j’étais vieille, ma montre et les autres étaient ma boussole.
Depuis que je deviens jeune, mon corps et mon esprit sont ma boussole.
Quand j’étais vieille, le temps accélérait.
Depuis que je deviens jeune, le temps n’existe plus.
Quand j’étais vieille, je survivais.
Depuis que je deviens jeune, je vis.
Quand j’étais vieille, j’expirais les autres.
Depuis que je deviens jeune, je m’inspire moi.

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