La vraie fin de "Vivre"

 

Pour celles et ceux qui ne me connaissent pas, j’ai co-réalisé un film en 2024, intitulé « Vivre, regards croisés sur sa propre vieillesse ».

Toute l’histoire officielle du film est à retrouver sur mon site aurelie-aulagnon.com (mais je ne sais pas encore pour combien de temps).

Plus de 18 mois après la sortie du film, et après avoir pris le temps de digérer la majeure partie de tout ce que cette aventure a pu générer en moi, en bien et en mal, je ressens le besoin de poser tout ceci par écrit.

Si sur le papier, le film a suivi le chemin qui était prévu au départ, dans les faits, la réalité en off était toute autre.
Le temps ayant fait son œuvre, les actes ont pu démontrer ou infirmer les paroles des uns et des autres.
Je fais le choix aujourd’hui de porter ma vérité au sujet du film. De donner ma version, mes propres émotions et ressentis. 
Pas pour justifier, accuser ni même expliquer. Mais pour que ça sorte de moi, enfin. 
Parce que ça y est, je sens que la colère que j'ai pu enfouir à ce sujet et que j'ai tenté de faire taire longtemps a fini par sortir. Jusqu'à récemment, je le protégeais encore, en voulant rester la plus gentille possible à son égard et dans mes propos compréhensifs. Mais aujourd'hui, ce n'est pas gentille que je veux être. Mais vraie.

Il y a l’être, mais il y a aussi le paraître.

Je vous préviens, ça va être long.

La réalisation du film

Le paraître :

Il y avait d’un côté un monteur-réalisateur d’expérience, photographe, et de l’autre la consultante en gérontologie et conférencière. Ils avaient déjà travaillé ensemble sur différents projets (exposition photo, sessions musicales, écriture d’un livre…).
Ils se sont associés pour un projet sur l’image de la vieillesse avec l’EHPAD de Crémieu, projet professionnel financé par la conférence des financeurs de l’Isère.
C’est lors d’une séance photo à l’EHPAD où un instant de grâce a été filmé que l’idée du film a commencé à germer.
Le moteur du projet était alors le photographe-réalisateur, la gérontologue suivait, elle qui ne connaissait rien à la réalisation.
La gérontologue et spécialiste en gestion de projet a alors activé son réseau pour faire témoigner des personnes différentes dans le film. Elle a géré la recherche de financements, budgétisé les achats, les déplacements. Une association a été créée pour porter le projet. Un ordinateur et du matériel ont été acquis.
Des projections ont été programmées, des retours financiers étaient envisagés.
2 volets étaient prévus dans les projections : le côté cinéma, géré par le réalisateur, et le côté conférences sur la vieillesse, gérée par la gérontologue.
Il était prévu que les 2 co-réalisateurs accompagnent le film suivi d’une conférence, pendant 1 an, puis que « Vivre » soit mis en ligne en accès gratuit.

Sur le papier, il s’agit d’un projet professionnel qui permettait la mise en lien intergénérationnelle et des rencontres en différents milieux, afin de faire évoluer la propre image de sa vieillesse par le spectateur.

L’être :

Le réalisateur et la gérontologue-conférencière étaient en couple.
Un couple aussi fusionnel que dysfonctionnel.
Nous avons réalisé le film dans un amour total l’un pour l’autre tout en nous oubliant dedans.
Au cours de la réalisation, les blessures de chacun se sont réveillées, nous poussant dans des comportements de poursuites et de fuites, tout en ne réussissant pas à dissocier le film du couple.
Dès septembre 2024, nous avons débuté une prise de conscience de nos schémas dysfonctionnels, et avons tenté d’avoir une relation uniquement professionnelle pour préserver la relation et le film. Mais c’était impossible. Pour lui c’était tout ou rien, le film et le couple allaient de pair, alors que pour moi, le film était devenu un projet externe à notre duo qui n’avait pas à disparaître en même temps que le couple.
Nos visions devenaient opposées et nous alternions des phases de fusion intense avec des ouvertures de cœur mutuelles et des phases d’incompréhension totale avec des comportements déviants et contrôlants des 2 côtés.
Un attachement anxieux face à un attachement évitant.
Un classique, je le comprendrai plus tard.
La période de l’avant-première du film était la plus puissante, où il était devenu le conférencier et où je n’étais plus que co-réalisatrice.
Tout s’était inversé.

Sauf que tout ça, les financeurs, les programmateurs de salle, les personnes qui réservaient leurs billets ne le savaient pas.

Le changement de trajectoire

Le paraître :

L’avant-première a eu lieu en présence des 2 réalisateurs, pour un ciné-concert exceptionnel.
Puis la trajectoire a changé : la communication a été adaptée pour annoncer que la présence de la gérontologue-réalisatrice uniquement.
Une annonce a été faite sur les réseaux sociaux.

L’être:

Après une ultime soirée de fusion où nous étions en larmes tous les deux devant le chantier des traumas que nous avions à régler et au cours de laquelle nous avons pu nommer nos attachements insécures, il n’a plus voulu me voir.
Il souhaitait mettre le film en ligne immédiatement quand moi je souhaitais poursuivre le projet initial, en allant seule aux projections.
Nous ne nous comprenions plus, les messages échangés devenaient violents pour moi,  au point que je me suis retrouvée à lui envoyer un violentomètre qui virait dangereusement au orange à mes yeux.
Il a appelé l’organisatrice de la première projection, une de ses connaissances au départ, qui connaissait la réalité de notre duo, pour lui dire qu’il ne serait pas présent.
A aucun moment, je n’ai pu envisager de ne pas y aller.
Pour moi, la relation de couple était déjà derrière nous, et l’engagement que j’avais mis dans le projet n’était pas remis en question malgré la tournure des évènements. Il en allait de ma crédibilité professionnelle et de la confiance que les financeurs, les témoins, les programmateurs avaient pu mettre en nous. J'étais le seul point commun entre toutes les personnes du film.

Pour lui, si nous annulions tout, « les gens comprendront ».
Je pensais radicalement l’inverse et je trouvais dans cette situation une injustice totale quand lui avait pu faire son job de réalisateur et allait voir son film sur Youtube quand moi je n’aurais pas le droit de faire ce que j’aimais, à savoir aller à la rencontre des gens et faire des conférences.
Il avait bénéficié en outre d’un ordinateur neuf, qu’il utilisait pour son activité professionnelle.
Jamais la qualité du film n’a été remise en question par lui.
« Ce film est un chef-d’œuvre » d’après lui.

C’est quand il a voulu m’interdire de me rendre à la première projection seule que j’ai enfin dit « non ». Je refusais qu’il contrôle mes déplacements, mon corps. Je l’ai vécu comme un viol intérieurement.
Déjà, je ne le reconnaissais plus, et lui ai dit à maintes reprises.
Tout n’était incohérences pour moi.
Quand j’ai réalisé ce qu’il se passait, j’ai pu voir toutes les étapes de la perte de contrôle d’une personne en phase narcissique, avec des pratiques spécifiques comme le gazlighting (faire douter l’autre de sa mémoire, de son jugement et de sa perception de la réalité) ou le hoovering (souffler le chaud et le froid, revenir quand l’autre prend ses distance). J’ai même envisagé alors d’avoir à faire à un pervers narcissique. Je me suis plongée dans divers ressources à ce sujet.
J’ai commencé à avoir peur de lui. 
Des propos qu’il avait pu me tenir sur sa capacité à perdre le contrôle totalement si on le poussait hors de lui me revenaient en tête.
J’ai commencé à faire des captures d’écran de ses messages, les mettre dans un dossier, au cas-où.
Pour tout le monde, il était le gentil, celui qui rendait service à tout le monde.
Pour moi, à ce moment-là, c’était un monstre.

En parallèle j’ai commencé à voir des personnes de notre entourage commun me bloquer sur les réseaux, sans qu’aucune ne donne d’explication. Pourtant je considérais certaines comme amies, et celles-ci m’avaient même souhaité mon anniversaire et tout plein de bonheur quelques jours auparavant.
Cela rajoutait de la violence à la violence.
Et me confortait dans l’idée d’avoir pu être sous emprise, les propos dénigrants à l’entourage commun étant une pratique courante dans ces situations.
Je ne savais pas ce qui pouvait être dit.
J’ai entamé un suivi psychologique, je plongeais dans des idées noires.
Je me demandais si je m’étais réellement trompée sur lui. Si tout ce qu’il avait pu me confier était faux.
Je ne le connaissais plus.

La première projection seule

Le paraître :

La conférencière-réalisatrice s’est rendue sur place comme convenu, à la demande d’une fondation pour le bien-vieillir.
Une salle pleine, avec des échanges émouvants.
La conférencière a eu le plaisir de découvrir parmi les spectateurs des amis, mais aussi des clients qu’elle avait accompagnés dans le milieu médico-social.
La conférence a été un succès.

L’être:

C’était un enfer.
J’étais à ce moment-là dans les plus profondes de mes ténèbres, et avoir mon amie Camille dans la salle m’a permis de traverser ce moment en lui tenant la main.
La différence d’énergie entre l’avant-première où nous étions présents tous les deux et cette projection-là était similaire au fait de passer du sauna au bain glacé.
Au retour de Haute-Savoie, j’étais fière mais en colère contre lui.
Si je pensais lui envoyer un message pour le tenir informé, je n’ai finalement rien fait, j’avais trop de colère en moi.

A ce moment-là, nous étions encore en contact.
Je continuais à lui demander exactement en quoi ça lui changeait quoi que ce soit que moi j’aille faire mon boulot. S’il avait pu me donner une seule raison objective, j’aurais pu envisager de changer les plans.
Mais sa seule réponse était « tous les 2 ou personne ».
Un jour où il continuait ce refrain, je lui ai dit « ok, tous les 2 ou rien. Mais on ne met pas le film sur Youtube, on efface le film, on rend l’argent et tu rends l’ordinateur ». Si moi j’étais en capacité de rendre l’argent et étais en accord avec le fait de tout arrêter pour qu’enfin il me laisse tranquille, ça n’a pas été son cas.
Et j’ai pu être en paix quelques temps.

Le site internet

Le paraître :

Le site a été suspendu quelques jours puis un nouveau site a refait son apparition.
En parallèle, la mère de la conférencière a remplacé le réalisateur au poste de trésorier de l’association, ce qui permettait de poursuivre les engagements financiers.

L’être:

Il m’avait bloquée sur les réseaux sociaux.
Il fuyait ou m’ignorait quand il me voyait dans la rue.
Il gardait un lien avec ma mère, à laquelle il a demandé de surveiller que je mette bien l’argent généré de côté pour lui par les projections auxquelles je me rendais seule.
Je lui avais fait un papier l’autorisant à garder l’ordinateur, pensant apporter de l’apaisement.
Le site internet était sur son serveur, et il refusait que je reprenne le nom de domaine.
Je souhaitais refaire un nouveau site, toutes les affiches et la com étant faites avec le nom initial de domaine et ne pas avoir à affaire à lui, conformément à ses demandes.
Il voulait bloquer le site jusqu’à la fin du contrat avec l’hébergeur, soit en septembre 2025, sans que je ne puisse le mettre à jour ni permettre aux spectateurs d’écrire sur le livre d’or.
Sur les conseils de ma psy, j’ai donc procédé à une mise en demeure en tant que présidente de l’association, avec menaces de poursuites judiciaires.
C’était très dur pour moi. Mais je n’avais pas le choix, la poursuite du projet en dépendait. Je n’avais pas l’intention d’aller jusqu’au tribunal, ça aurait été trop difficile pour moi.
Il a tout de même fini par céder le nom de domaine en demandant à ma mère de ne plus lui parler du film.

Etant donné qu’il avait commencé à me menacer de poursuites en raison du manque d’une autorisation parentale, celle de son fils, j’ai consulté mon ami avocat qui m’a dit que j’étais bien dans mon droit, et ce serait à lui de justifier devant un tribunal qu’il n’était pas d’accord que son propre fils soit dans son film.
Je me rappelle lui avoir d’ailleurs répondu suite à ses menaces qu’il pouvait engager des poursuites et qu’enfin je saurai pourquoi il ne veut pas que son film soit projeté en salles.
Aucune poursuite n’a eu lieu.
Il ne me faisait plus peur. 
J'avais compris que ses paroles n'étaient pas suivies d'actes. 

La projection à Crémieu

Le paraître :

Les crémolans et la ville de Crémieu nous ayant soutenus, l’association qui portait le film avait planifié une projection en louant la salle audio de la commune pour les remercier
La projection a été annulée du site internet.
Mais la maire, qui est présente dans le film, a proposé que ce soit la commune qui organise cette soirée.
Elle aura lieu 1 mois après la date annulée.
La salle était pleine, et les échanges étaient encore riches, autant sur la réalisation du film elle-même que sur les perspectives que le film pouvait ouvrir pour les personnes vieillissantes à Crémieu.


L’être:


Ce soir-là, au moment de la projection, j’ai constaté que je n’avais pas pris la bonne version du film dans mon ordinateur, c’était celle avec une faute d’orthographe.
Il était trop tard pour faire quoi que ce soit, et il s’était manifesté dans l’après-midi auprès de ma mère pour la menacer de poursuites s’il recevait encore des infos de la part de Hello Asso sur sa boîte mail, ce que j’ignorais, pensant avoir fait toutes les démarches sur ce site. J’ai alors constaté qu’il pouvait se retirer lui-même, sans qu’il ne l’ai fait. Je l’ai enlevé.
La soirée de projection était chouette, et j’ai constaté que beaucoup de crémolans ne savaient pas qu’il s’était retiré du projet. Certains étaient surpris, l’ayant croisé au moment de la réalisation, heureux et fier du projet.
C’était à moi de justifier comme je le pouvais, sans avoir de réelle raison à donner.
Je lui en ai beaucoup voulu de me laisser gérer ça.
Il avait également annulé une projection prévue au café de sa sœur, où devait avoir lieu une soirée ciné concert avec Maïté, la chanteuse.
Non seulement il avait pris la décision sans moi, mais il a fallu que je prévienne Maïté moi-même, alors qu’un cachet était prévu pour elle. Sa sœur m’a évidemment bloquée également. Il a appelé Maïté bien plus tard, sans réelle explication valable à ses yeux, ce qui a conduit à une grande déception de la part de la chanteuse.

La projection au palais des Congrès de Tours

Le paraître :

Le film était l’évènement de la soirée du Congrès de Gériatrie de Tours début avril 2025.
Le Pr Bertrand Fougère, ami de la gérontologue et témoin dans le film, en est l’organisateur.
La soirée est une réussite, les spectateurs sont émus.


L’être:

Je commence à aller de mieux en mieux, je sors à nouveau.
La veille de mon départ pour Tours, je constate que ce n’était pas de mon fait d’avoir projeté la mauvaise version du film à Crémieu, mais parce qu’il ne m’avait pas donné la bonne.
Je me sens mal, la faute d’orthographe est qu’il manque un « R » à Bertrand au générique.
J’en parle à Bertrand, qui rigole, et pour qui ça n’est pas grave.
Mais pour moi ça n’est pas professionnel.
Ma mère tente de le contacter, et elle reçoit un message agressif comme quoi c’était faux, que j’avais bien la bonne version sinon je ne l’aurais pas projeté à Crémieu.
Je décide de passer chez lui, lui laisser un disque dur avec un mot devant sa porte en lui disant que je passerai le récupérer à 6H le lendemain.
Le lendemain, je récupère le disque dur.
Je constate qu’il avait bien mis la bonne version, je suis soulagée, et me dis que finalement, il tient peut-être encore à son film.
Je suis heureuse de retrouver mes collègues et amis à Tours.
La conférence est géniale, et le soutien de Bertrand impeccable.
Je rentre soulagée.

Les autres projections

Le paraître :

Des projections ont lieu dans des EHPAD, dans des salles des fêtes, dans des cinémas, des médiathèques… Les demandes viennent de communes, de CPTS, de professionnels…
Les rencontres et conférences s’enchaînent, les échanges sont tous différents.
D’autres demandes affluent.
Le livre d’or se remplit.

L’être:

Il y a eu des soucis avec la projection de Colmar, le format DCP ne passait pas.
Ma mère a essayé de le contacter mais il l’a ghostée.
J’ai finalement réussi à envoyer le bon fichier.
Les autres projections se sont toutes bien passées, j’étais heureuse de pouvoir visiter l’Alsace, l’Ardèche, le Puy de Dôme…
L’argent a permis que j’achète un ordinateur, comme ce qui était convenu au départ. Cela me permettait d’envoyer plus facilement le fichier DCP et de faire des montages pour la communication.
Mais je commençais à fatiguer, malgré le soutien de ma mère.
J’en avais marre de porter seule ce qui était prévu à 2.
Il avait refusé de déclarer le film, ce qui m’imposait à chaque fois de faire un papier comme quoi le film était bien libre de droits.
J’ai quant à moi déclaré mes textes en tant qu’autrice.

A l’été, je ne voulais plus entendre parler du film.
Dans le meilleur des cas, il m’ignorait quand il me croisait, mais a pu se montrer virulent quand j’ai tenté une interaction un soir où nous étions présents au même endroit avec des amis communs.
Je commençais à avoir des retours sur ce qu’il disait à mon égard, ce qui m’attristait mais me permettait de comprendre pourquoi certaines personnes étaient devenues distantes.
Mais il y a eu des nouvelles demandes.
J’ai continué à assumer pour 2, en ayant hâte d’arriver à la fin de l’année et à la mise en ligne sur Youtube.

L’histoire de vivre

Le paraître :

La gérontologue conférencière co-réalisatrice a entrepris de rédiger toute l’histoire du film, agrémentée de photos, de liens, pour rappeler la genèse et le processus créatif.

L’être:

Ecrire ces épisodes était une manière pour moi de me dire que tout ceci était bien réel.
Je suis autrice, j’écris chaque jour dans mon journal.
Il n’a pas été difficile de retracer la chronologie des faits. Les échanges de messages, les publications des uns et des autres sur les réseaux sociaux et dont j’avais fait des captures d’écran me permettaient de dire, que non, rien n’était faux, tout ceci avait bien existé.
C’était ma manière de dire ma vérité, en restant focus sur le film et sans laisser transparaître tout ce qui avait pu se jouer en off.
Je voulais simplement laisser une trace.

Les demandes parallèles

Le paraître :

Le film a servi de support pour des ateliers autour de l’image de la vieillesse en Dordogne, il a permis le développement d’un projet photo en EHPAD en Alsace et a illustré un cours de psychologie du vieillissement en Savoie.

L’être:

J’étais heureuse de découvrir comment les personnes s’emparaient du film, tout en étant triste de ne pas pouvoir le partager avec lui. Mais c’était son choix. Et la personne avec laquelle je souhaitais partager ces moments n'existait plus.
Je découvrais encore ses paroles à mon égard auprès de personnes que je rencontrais et qui me racontaient comment il me décrivait. Il se montrait jugeant et dénigrant envers moi, alors que cela faisait quasiment 1 an que nous étions séparés.
Des personnes que je ne connaissais pas mettaient même en garde certains de mes amis à mon sujet. 
Mais ces amis connaissaient les faits, ils ont su rétablir la vérité à mon sujet et ont contribué à ma réhabilitation.

La dernière projection

Le paraître :

La dernière projection a été programmée aux Ursulines, la brasserie au cœur de la cité de Crémieu, un an après l’avant-première.
La salle n’était pas pleine mais les personnes présentes se sont montrées captivées.

L’être:

Enfin, j’en voyais le bout.
J’avais planifié cette projection après proposition d’Olivier, le propriétaire de la brasserie.
La date s’est décidée selon son agenda et correspondait dans un premier temps à la veille de la date anniversaire de l’avant-première. J’avais décidé de mettre le film en ligne le lendemain, pour les 1 an.
Mais après qu’il a été constaté qu’il y avait une autre projection le même soir, il m’a été demandé de décaler au lendemain.
1 an tout pile après la sortie.
J’avais pu être aidée de Laurent pour la question logistique. Laurent était un ami très proche, un socle de stabilité sur lequel m’appuyer qui a été très présent pendant les attaques que j'ai pu recevoir.

En parallèle, j’avais prévu de fermer l’association.
Il me restait un dernier virement et je pouvais solder les comptes.
Je ne voulais rien garder de ce film, autre que tous les apprentissages qu’il avait su m’apporter sur moi, sur les autres, sur les liens.
Ma mère lui a donc proposé de récupérer l’argent. J’avais envisagé de déposer ma part en divers lieux : dans des livres, dans des poches de vêtements, en extérieur… En me disant que cet argent trouvera bien la personne qui en aurait besoin. J'aimais bien l'idée que l'argent issu du film puisse contribuer à de la joie.
J’ai été étonnée qu’il accepte de récupérer toute la somme.
Ma mère lui a également proposé de venir à la dernière projection.
Il n’y a jamais eu de réponse.

J’utilisais en parallèle son 1er compte facebook, le seul qu'il n'avait pas bloqué mais qu'il avait nettoyé (et donc que je supposais actif) pour lui envoyer des messages depuis notre séparation. En bonne anxieuse que j'ai pu être, j’en ai envoyé quelques-uns, puis le flot s’est tari peu à peu devant les comportements que j’observais de sa part quand on se croisait et au fil de ma propre guérison. Je ne savais pas s’il les avait ou non. Je savais toutefois qu’il me stalkait avec d’autres comptes, ayant pu le griller regardant ma story, comme le faisaient certains de ses proches avec des comptes bis après m'avoir bloqués avec leurs comptes officiels. C'est de bonne guerre, j'ai pu le faire aussi, dur de lâcher le contrôle par peur.
Je lui avais fait la proposition de venir à la dernière projection via ce fameux compte. Je croyais encore en la possibilité d'une fin propre et honorable pour lui. 
Il n’est évidemment pas venu.
Il y avait ce soir là toutes les personnes chères à mon cœur, celles qui me soutenaient. Même mon frère, avec qui j’ai renoué le dialogue et apaisé nos différends, avait fait le déplacement.
Le lendemain, j’ai dormi toute la journée.
Enfin.

Ma mère s’est rendu chez lui pour lui donner l’argent, à sa demande.
S'il a tenté de montrer un détachement en disant qu'il était passé à autre chose et qu'il était désormais loin de tout ça, il a fini par lâcher un "mais on avait dit que c'était tous les 2 ou rien".

Quelques jours plus tard, alors que je passais devant chez lui en allant au café, je l’ai entendu dire à son interlocuteur du jour « ça y est, j’ai récupéré l’argent du film ». ça m’a fait sourire autant que m’ a agacée. Parce qu’il me disait ne plus vouloir entendre parler du film, n’avait pas été présent pour les projections, se vantait d'être loin de tout ça mais se réjouissait d’en récolter les fruits financiers. 
Mais ça m’était égal, j’étais libérée de ma présence devant l’écran.
Je ne lui devais plus rien.

La mise en ligne sur Youtube

Le paraître :

Le film a été mis en ligne gratuitement sur Youtube le 13 décembre.
Il a été vu plus de 500 fois à ce jour.

L’être:

J’ai mis le film en ligne.
J’avais rempli le job.
J’étais soulagée.
Mais je continuais à voir le nombre de vues.
Je m’en foutais qu’on regarde « Vivre ».
Je ne voulais plus qu’on me parle de ce film.

L’après-dernière projection

Le paraître :

Une projection a été organisée par l’espace éthique de Bretagne en juin 2026, à Vannes.
Une soirée émouvante où le directeur de l’espace éthique a qualifié « Vivre » de « film qui éveille les consciences ».

L’être:

On n’avait jamais parlé de faire des projections après la mise en ligne.
C’est Florence, qui est dans le film, qui m’en a fait la demande.
Au départ, la projection devait avoir lieu en 2025 mais les démarches ayant trainé, la date a été calée pour juin.
Je ne voulais pas y aller.
D’ailleurs, Florence avait prévu une soirée sans moi, connaissant la réalité derrière.
Mais le temps passant, je n’avais aucune raison objective de ne pas y aller, l’espace éthique me finançant mon déplacement et n’ayant aucune autre obligation personnelle ou professionnelle ce jour-là.
Cela faisait quelques temps que je partageais ma vie avec Flavien, évidemment au fait de tout mon passé.
J’ai finalement décidé d’y aller, et Florence a sauté de joie.
Flavien étant un professionnel du médico-social, on a essayé de faire en sorte qu’il vienne avec moi, mais en bon professionnel du son qu’il est également, il s’était engagé à sonoriser une fête de la musique ce soir-là et n’est pas venu à regret, lui qui avait trouvé le film merveilleux et l’avait fait découvrir autour de lui.
J’y suis donc allée seule.
Auparavant, le cinéma m’avait demandé encore un papier pour la question des droits du film. Mais l’association n’existait plus, il fallait un papier des 2 réalisateurs.
Ma mère a passé le message.
Il a répondu que s’il serait heureux de la croiser dans les rues de Crémieu, il ne voulait plus de contact écrit avec elle.
Il ne répondait pas à la question, il bottait en touche.
Je me suis donc une fois encore débrouillée seule.

Ce court séjour breton m’a fait un bien fou.
On a appelé cette soirée « l’après-dernière ».
J’ai fait de très belles rencontres, qui ont su me montrer à quel point ce film était dans le juste, quand il parlait de combien la vulnérabilité était une force.
Finalement, c’était une belle manière de clôturer tout ça.

La fin de « Vivre »

Le paraître :


Il n’y a plus de site internet, plus de pages dédiées sur les réseaux sociaux.
Le film est toujours sur Youtube, mais il faut avoir gardé le lien pour le voir, ou bien le demander aux réalisateurs.
La gérontologue n’est plus uniquement gérontologue, elle est devenue Alchimiste Sociale et a fait disparaître la mention du film sur son site ou sur ses réseaux.
Le réalisateur et la gérontologue sont devenus des étrangers.

L’être:

J’avance dans mon couple avec Flavien, et je n’avais plus envie d'avoir à évoquer cette partie de mon passé professionnel lié à ma vie personnelle avec mon amoureux.
J’ai d’abord eu besoin de faire disparaître le site, et les réseaux sociaux.
Puis j’ai enlevé ce qui mentionnait le film sur mon propre site.
Et j’ai finalement enlevé le film en accès libre sur Youtube.
Contrairement à son souhait de départ. 
De toute façon, mon co-réalisateur a fait le choix de me montrer et fait savoir autour de lui qu’il s’en moque. 
On s’ignore quand on se croise.
Cela me convient.
Nous sommes inconnus l'un pour l'autre.

Je prends ma part de responsabilité dans mes comportements, et je continue de travailler sur moi pour ne pas reproduire les mêmes erreurs dans mon couple. Je prends soin de moi pour prendre soin de nous.
Dans une relation chacun est le miroir de l'autre.
Si l'un dysfonctionne, l'autre aussi, à parts égales.
Mais ce n'est pas l'objet de ce texte.
On pourra penser ce qu'on veut de mes écrits : que je me pose en victime, que c'est moi la PN ou autre vampire.
ça m'est égal, c'est mon propre vécu et mon ressenti, et les siens sont certainement différents. 
Ni lui ni moi ne sommes ni bourreaux ni victimes. Simplement 2 personnes opposées qui ont arrêté de se compléter à un moment et dont les paroles et actes ont conduits à ce que nous soyons enfin séparés.
Il n'est pas un monstre, il est simplement humain.
Je ne suis pas un vampire, je suis simplement humaine.

Lui a peut-être gardé ce qu’il avait besoin de conserver de cet épisode de sa vie que ce soit l’ordinateur, l'argent ou d’autres choses qui le concernent.
J’en fais de même, et cela me nourrit chaque jour.
Ce film a changé ma vie, et je remercie l'univers pour ça.
Il fera toujours partie de moi et j'aimerai à jamais ce qu'il a su révéler de moi, que ce soit en bien ou en mal.
Mais mon regard est ailleurs désormais.

C’est le chemin qui importe, pas la destination.
Finalement, il avait peut-être raison : c’est tout ou rien.
Nous sommes bien arrivés au rien.

Et puis, de toute façon, on s’en fout du paraître, on finit toujours par être.



 

 

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