"Tu es ma muse"

  Cette phrase que les hommes que j’ai fréquentés et qui m’ont parlé à cœur ouvert depuis la mort de mon père (comme par hasard, mais ça fera l’objet d’un autre texte) m’ont TOUS dit.

  Non pas pour me pécho.
Mais parce qu’ils ont tous eu leur moment de frénésie d’action à partir du moment où j’apparaissais dans leur vie.
Tous dans leurs arts respectifs, en mettant en œuvre des projets dont ils rêvaient sans jamais avoir osé se lancer jusque-là.

  Pour aucun d’entre eux ça n’avait été mon souhait.
Les relations étaient de tous types allant de la relation professionnelle à amoureuse.
Tous ces gars que je rencontrais dans un contexte spécifique se mettaient à reprendre goût au truc qu’ils avaient délaissé mais dont ils savaient qu’il leur faisait du bien.
Et ça a toujours commencé à merder à partir du moment où le mec me sortait « tu es ma muse ». Juste après qu’il avait entamé des actions concrètes qui venaient changer son quotidien.
Actions que, je rappelle, je n’avais pas demandées.
Et qui, si je reste factuelle et objective, venaient même éloigner cet homme de moi, puisque je devais me mettre à le partager avec un autre truc qui lui faisait du bien, sans moi. Et qu’en plus, ça engageait démarches administratives, déplacements, dépenses, etc… Et possible délaissement de ma personne. Donc en vrai, je n’ai aucun intérêt à pousser les mecs à se développer artistiquement.

  Le souci, c’est qu’une fois que le mec s’en rendait compte, c’était toujours le même truc : au début il est tout content, parce que c’est comme s’il avait trouvé la Source de sa créativité (qui, je le rappelle, était dans TOUS LES CAS, un truc qu’il avait déjà en lui, qu’il avait déjà pratiqué, où il était bon, même, et que je ne connaissais même pas avant qu’il me le montre). Du coup, je me retrouve embarquée dans son truc : il me demande des conseils, veut mon avis, ma présence… Forcément, je dis oui, parce que ça me fait plaisir, et moi ça me fait apprendre de nouvelles choses et je kiffe ça. Donc je me dis que tout le monde y gagne.
Sauf que ben y’a un moment où je peux plus suivre, parce que ça vient me demander des engagements que je ne pourrai pas tenir, pour des raisons financières, professionnelles, familiales, ou d’intégrité (ça c’est la plus hard mais la plus formatrice).
Donc ben je dis stop, en pensant naïvement que ce serait ok, parce que jusque-là tout était ok, que personne n’est indispensable et de toute façon il a pas besoin de moi, parce qu’il faisait déjà ça avant de me connaître.
Donc j’ai confiance, quoi.

  Et bim, dans 100% des cas, le mec il prend peur.
De muse, je passe sorcière, voire vampire énergétique.
Je passe d’objet d’admiration au mauvais objet.
Je passe d’aimée à haïe.

  Et dans 100% des cas, je me prends un mur que je ne comprends pas.
Là, c’est la blessure d’injustice ++ qui est activée, hein.
Je ne demande rien à personne, je fais ce qu’on me demande et quand je ne suis pas en capacité de donner ce qu’on attend de moi – non pas parce que je ne veux pas, mais parce que je ne dispose simplement pas de ce qui est attendu- ben on me vire, sans que jamais on n’ait pu me donner de raison objective, valable, acceptable.

Quand un lien s’étiole, si il y a bien un truc que j’ai compris, c’est que ce n’est jamais la faute uniquement de l’un ou de l’autre, c’est toujours lié à un déséquilibre mutuel au cœur de la relation.

  Donc quand j’ai saisi le truc et le lien « Tu es ma muse »/ »Attention tu vas pas tarder à te prendre un mur », ben j’ai commencé à faire gaffe.
A réfléchir pourquoi.
A repérer les signaux faibles.
A chercher des manières de faire différemment.
Et à changer quelque chose dans mon comportement.

  Il y a eu un premier homme, après ma prise de conscience, qui a commencé à évoquer mon statut de muse. Un homme qui me voyait et me voit toujours telle que je suis, avec mes qualités et mes défauts. Il m’a aidée à observer, comprendre ce que les hommes voyaient en moi et pourquoi ils agissaient ainsi après s’être sentis pousser des ailes, pour finalement me le reprocher après.
J’avais commencé à saisir les enjeux.

  Et puis il y a eu Lui.
Qui se pointe dans ma vie sans que je ne demande rien.
Qui m’a vue en 1er.
Et dont je ne savais absolument rien.
Nada.

  Mais il est arrivé jusque-là, et croyez-moi, pour un homme qui veut m’approcher aujourd’hui, y’a un certain nombre de critères à remplir.
Et au fil de l’avancée de la relation et des cases cochées, je voyais les signaux d’alerte arriver.
Il a repris la photo depuis que nous nous connaissons.
Il a recommencé à chanter.
Il est dans un esprit créatif qu’il avait oublié avant ma présence.
Il est conscient de sa productivité artistique.
Il a bien noté la synchronicité de tout ça avec mon arrivée dans sa vie.
Il l’a même verbalisé : « J’ai un appel à la créativité depuis que tu es là ».
Pourtant, jamais il n’a dit « Tu es ma muse ».

  Mais ça commençait à prendre trop de place en moi.
J’avais peur du mur.
Mais il ne fallait pas que je prononce cette phrase sinon il allait percuter et pouf, un mur.
Et putain, c’est bon, j’ai donné.
Les murs, ça fait mal.

  Donc j’ai pris ma conscience à 2 mains, et conversé avec Rachida-Brigitte (c’est le petit nom que j’ai donné à mon ego quand il prend trop de place, toute ressemblance avec des prénoms de femmes un peu trop Yang et qui préfèrent la domination plutôt que la coopération n’est pas fortuite).
On a convenu que oui, ok, dans les faits, ça ressemblait vachement à un début de processus d’a-musation, et que bon, ok, peut-être que tu es une muse, mais bon regarde, tu as compris des choses depuis, non ? Et puis quand bien même le mec il te vire, ça changera quoi à ta vie ? Ce sera pas la première fois et tu es toujours en vie ? Et de toute façon, je te rappelle que le mec il a coché les cases « confiance, respect et sécurité ». Donc c’est okayyyyy.

  Et au final, c’est un soir de création musicale partagée que j’ai senti les mots s’échapper de ma bouche sans que je ne le décide :  « Merci de ne pas m’avoir dit que j’étais ta muse ».

Et vous savez ce qu’il a répondu ?
« Tu n’es pas ma muse, tu m’amuses ».

Et c’est venu tout nettoyer, tout simplifier.
Je ne suis pas une muse, j’amuse.
Et ça c’était le point commun entre toutes mes relations.
On s’amusait.
On riait.

Les autres avaient peut-être pris peur de leurs éclats de rire.
Ou simplement de leur propre éclat, qui sait…

Aujourd’hui, ce n’est pas son cas à lui.
Ce n’est pas de l’a-musation, c’est simplement de l’amusement.

J’aime le voir rire, sourire, s’amuser.
Et ça ne me fait plus peur, parce qu’il sait que c’est ce qui le fait avancer aussi.
Sans me le faire porter à moi.
Sans que je ne m’oublie dans ses éclats de rire.

Chacun son rôle, chacun sa place, chacun en conscience.
Equilibre.

Pour savoir ce qui se joue en off et trouver quelques pistes d’actions, c’est ici que ça se passe.







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